• Tamanrasset devient une destination prisée par les migrants clandestins

    ALWATAN ALGER 20 AVRIL 2006

    La chasse à l’homme menée régulièrement par les services de sécurité marocains contre les immigrants clandestins subsahariens a dissuadé momentanément les populations déshéritées du Mali et du Niger de transiter par le Maroc pour gagner l’Europe, où elles espèrent décrocher un travail qui leur permettra de faire vivre leurs familles.

    Depuis le drame humain survenu en octobre dernier à Ceuta, plusieurs immigrants préfèrent se rendre en Mauritanie et risquer leur vie sur des embarcations de fortune, louées à 600 dollars pièce, afin de rallier les îles Canaries, destination à partir de laquelle ils tenteront, par la suite, d’entrer illégalement en Europe. Mais à défaut d’aller en Europe, la majorité des immigrants clandestins originaires des pays du Sahel se rabattent souvent sur la ville de Tamanrasset, où ils commencent de plus en plus à s’installer. L’amélioration des conditions de vie et les opportunités d’emplois créés par les importants investissements consentis par l’Etat pour développer les wilayas du Sud sont les éléments qui les persuadent aujourd’hui de rester en Algérie. C’est ainsi que des centaines de Maliens et de Nigériens, chassés de leurs villages par la misère, franchissent clandestinement, presque chaque jour, les frontières du sud du pays grâce à des transporteurs de marchandises qui se reconvertissent en passeurs pour « arrondir » les fins de mois. Pour entrer dans le territoire de Tamanrasset ou d’Adrar, il ne faut pas plus de 2500 DA, soit près de 20 euros. Une somme dérisoire comparée au « droit de passage » exorbitant (1000 euros) que les chefs des réseaux de clandestins tenus par des Marocains en Mauritanie exigent des migrants subsahariens. Toutefois, les immigrants clandestins qui viennent en Algérie dans l’espoir de s’offrir une nouvelle vie ne sont pas toujours assurés d’être conduits à destination. Parfois, ils sont abandonnés en plein désert sans eau par leurs accompagnateurs occasionnels. Beaucoup d’entre eux ne doivent leur salut qu’aux patrouilles de la gendarmerie de Tamanrasset qui se voient régulièrement endosser le rôle de secouristes. Cela expliquerait pourquoi les gendarmes ne sont pas craints par les immigrants clandestins. Preuve en est, les citoyens étrangers arrêtés pour immigration clandestine, notamment ceux des pays voisins, finissent par repasser la frontière.

    Le prix d’une politique

    Sourire en coin, un Nigérien, vivant illégalement dans la capitale de l’Ahaggar depuis des années, reconnaît, à ce propos, que le « pire » qu’il risque, au cas où il serait cueilli, est qu’il se voit reconduire à la frontière. En ce sens, il avoue que les autorités locales n’oublient pas que les personnes arrêtées sont originaires de pays avec lesquels l’Algérie entretient de bonnes relations et qu’à ce titre, elles veillent à les traiter « convenablement ». Les immigrants clandestins savent à l’avance qu’ils ne courent pas de gros risques en franchissant la frontière algérienne. D’où l’importance du flux. De leur côté, les responsables des services de sécurité, particulièrement ceux de la Gendarmerie nationale, ne perdent pas de vue que les gens qui bravent les dangers du désert pour rallier les villes du sud du pays ne sont là que parce qu’ils sont dans le besoin. « Comment ne pas faire preuve de compréhension à l’égard des immigrants clandestins ? Nous n’oublions pas qu’ils ont fui la misère et la pauvreté dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie. A une certaine époque, les Algériens ont connu aussi ce problème. C’est là un argument supplémentaire pour traiter dignement ces gens », a soutenu le commandant du groupement de gendarmerie de Tamanrasset, le lieutenant-colonel, Mohamed Belbachir. Compte tenu de la situation, les services de sécurité axent davantage leurs efforts pour démanteler les réseaux de clandestins. Mais là aussi, les autorités ne peuvent pas grand-chose car la loi anti-immigration clandestine -qui remonte aux années 1960- semble complaisante à l’égard des passeurs. Le souci de l’Algérie de maintenir à un niveau exemplaire ses relations bilatérales avec ses voisins du Sud a cependant un prix à payer. La wilaya de Tamanrasset consacre chaque année un minimum de 14 milliards de centimes à la prise en charge aux arrivants. Il faut s’attendre à ce que cette enveloppe augmente dans la mesure où le marché local de l’emploi, devant la multiplication de projets, devient fortement demandeur en main-d’œuvre. Il est facile de deviner que les « souadin » (termes en vogue à Tamanrasset pour désigner les immigrants subsahariens) ont la cote auprès des entrepreneurs de la région. La raison tient au fait qu’ils ne sont pas exigeants au plan salarial et qu’ils ne rechignent pas au travail. En ce sens, le succès rencontré par les Maliens et les Nigériens pourrait bien amener une partie de l’Afrique à regarder l’Algérie comme un nouvel eldorado.

    Cherfaoui Zine


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