• Histoire d’une association d’immigrants née dans la forêt de Ben Younech

    L'Opnion 15 Avril 2006 

    Immigrants et Réfugiés Subsahariens)
    Histoire d’une association d’immigrants née dans la forêt de Ben Younech
    Par deux principaux témoignages est offert ici image forte et positive de migrants subsahariens qui ont choisi de militer pour les droits des migrants. Nous nous mettons à leur écoute.

    L’Afrique saignée à blanc par les superpuissances et par des dictatures ne cessera de sitôt de souffrir surtout sous la pression absurde de la politique sécuritaire très égoïste et brutale imposée par l’Europe des anciens pays colonisateurs directement responsables en grande partie de la situation de banqueroute des pays africains.

    Le premier témoignage est celui de Placide Nzeza, 38 ans, congolais, originaire du Congo Kinshasa, ingénieur en électromécanique et ex-agent de police, immigrant subsaharien résident au Maroc ayant obtenu le statut de réfugié. Le deuxième témoignage de Paulin Kuanzambi cameraman angolais (lire ci-contre) Placide Nzeza est militant associatif depuis 2005. A ce titre, il est président du Conseil des Immigrants subsahariens au Maroc, association créée à Rabat en novembre 2005, exactement le 10 novembre 2005 avec 20 personnes fondatrices qui représentent tous les quartiers de la capitale du Royaume, Hay Nahda, Hay Takaddoum, Hay Lakwass, Hay J5, et Sidi Moussa à Salé, sans oublier Casablanca notamment quartier des Cheminots etc. Cette nouvelle ONG première du genre, la seule jusqu’à présents pour tenter de représenter tous les immigrants Subsahariens au Maroc, est mise sur pied pour venir en aide aux victimes de l’immigration subsaharienne, des victimes en difficulté. Cela à travers des objectifs précis qui sont, comme le précise Placide Nzeza, de collaborer avec l’AMDH pour défendre les droits humains, de créer un lien de réseau avec d’autres associations pour la communication et l’information comme Chabaka, CIMAD, Caritas Maroc, AFVIC, ATTAC Maroc, CESAM (Confédération des étudiants stagiaires africains au Maroc), de collaborer avec les communautés migrantes dans les deux sens et venir en aide aux gens qui sont victimes de violations de leurs droits, gérer le fond de subsides pour subvenir aux besoins des membres du Conseil. C’est grâce à l’Association Marocaine des Droits de l’Homme que le Conseil a pu voir le jour, note Placide Nzeza.

    « Qu’il soit clair que le Conseil tient à respecter les lois marocaines, ne pas s’immiscer dans lapolitique intérieure de l’Etat frère dont nous sommes les hôtes tout en veillant au respect des droits humains en étroite collaboration avec l’AMDH et nos autres partenaires s’activant dans la défense des droits de l’homme » Placide Nzeza a été pris à parti par ses compatriotes à la suite de la publication d’un article précédent sur la vie des Subsahariens au Maroc. Dans cet article nous écrivions que, selon des estimations du Conseil, le nombre de subsahariens provenant du Nigéria est plus important et qu’il pourrait atteindre 75%.

    « Nous ne voulons pas dire du mal ni créer la zizanie entre les communautés mais essayer simplement de dire ce qui est sans en rajouter ni retrancher. Notre unique but est d’être sincèrement solidaires avec tous »

    La semaine dernière Placide était parti de Rabat vers Oujda pour venir en aide à des demandeurs d’asile qui avaient été arrêtés par la police. Ils ont tous été libérés et ont pu réintégrer la capitale du Royaume.

    Combien sont-ils les immigrants subsahariens au Maroc ? Personne ne peut avancer un chiffre. Tout ce qu’on ,sait c’est qu’il y a entre 2350 et 2400 demandeurs d’asile. Les demandes d’asile obtiennent rarement des réponses favorables. Même et surtout en Europe le taux de réponse favorable est très bas. En Grèce l’an passé 99% des demandes d’asile furent rejetée.

    Chaque immigrant subsaharien a une histoire. Placide Nzeza nous a raconté la sienne propre. Il commence par dire qu’en migrant de son village natal vers le Maghreb il n’avait jamais pensé, « à aucun moment », immigrer clandestinement en Europe. Il est originaire d’un village de l’Ouest du Congo Kinshasa, d’une famille de 4 garçons et deux filles. Il est marié et père d’un enfant une fillette. Il raconte qu’en tant qu’électromécanicien il travaillant pour le compte de l’Office National de Transport (ONATR) de la république du Congo Kinshasa mais qu’au départ il avait été engagé en tant qu’agent de sécurité après avoir suivi une formation de policier. Il assurait la fonction de police du train express ligne Kinshasa-Matadi (365 kms) Il est resté dans cette fonction pendant deux ans depuis 1998. En 2001 le président Kabila est mort et du coup il y a eu changement au niveau de l’entreprise qui l’emploie.

    L’inspecteur général adjoint de l’ONATRA s’appelait Boura et était originaire du Nord Kivu. Avec ce nouveau staff ont commencé les désaccords et du coup il a sollicité de quitter les fonctions de police ferroviaire et de réintégrer ses fonctions techniques de maintenance. Il a pu changé grâce à un ami. Mais cela n’a pas été sans lui attirer antipathie et rancune.

    « Comme je suis de l’Ouest et que les nouveaux patrons étaient du Nord-Est il y avait une haine ethnique, un problème tribal a surgi »

    Il a continué à travailler à bord du train voyageur, train bleu et train express. Mais c’est au mois de septembre 2002 qu’un décret a été promulgué pour demander à toute entreprise qui avait formé des agents de police de les mettre à disposition de l’Intérieur pour suivre une formation paramilitaire.

    « C’étaient pour renforcer les foyers de tension à l’Est fin 2002. Je n’avais pas le choix. J’ai suivi cette formation paramilitaire par peur de perdre mon poste. Nous avions été emmenés au centre Kibomango à 80 kms de Kinshasa. Après avoir suivi cette formation qui a consisté à apprendre le maniement de différents armes nous sommes rentrés pour être présentés à l’Etat major. On nous a remis de l’argent et donné une permission pour voir nos familles avant d’être engagé dans l’expédition à l’Est. Mes parents n’étaient pas d’accord pour que je me lance dans la guerre. Je ne pouvais partir contre l’avis de mes parents. J’ai donc quitté Kinshasa pour aller dans le Bas Congo. Je n’avais pas envie de me mêler à de nouvelles tueries. Par mesure de représailles mon frère a été arrêté pour que je me rende » Toute la famille s’est réunie pour décider qu’il doit se rendre pour libérer son frère aîné. Mais un oncle qui travaillait à l’ambassade du Tunisie l’a encouragé à partir.

    « En tant que déserteur je risquais beaucoup plus que mon frère, m’avait indiqué mon oncle. Je l’ai donc écouté et j’ai quitté le pays en traversant le fleuve Congo vers le Congo Brazzaville, c’était le 24 janvier 2003. J’avais en poche l’équivalent de 120 dollars »

    Il quitte Brazzaville pour le Cameroun. Il passe ensuite vers la Côte-d’Ivoire d’où il ne tarde pas à s’enfuir à cause de troubles qui ont éclaté. Son oncle lui envoie l’équivalent de 300 euro. Il part au Mali où il a l’idée de s’établir et demander l’asile politique. Son oncle avec qui il était constamment en contact l’en dissuade. Pendant ses passages dans les pays précités il trouve ,dit-il, où aller.

    L’hospitalité africaine légendaire joue un rôle primordiale.

    « A aucun moment je n’ai passé la nuit dans la rue » Avec un visa pour la Tunisie et un passeport que lui avait envoyé son oncle, il prend l’avion pour aller du Mali vers Gerba en Tunisie. Au terme de deux semaines il est interpellé par la police tunisienne. Il est jeté dans la prison Ouardia où il se retrouve dit-il avec beaucoup d’Africains Libérien, Camerounais, Ghanéens et assiste à la mort d’un Algériens malade, décès dramatique « par manque de soins ». Il entame une grève de la faim. Comme au bout de quelques jours sa santé se dégradait il est hospitalisé. A l’hôpital il parvient à joindre par téléphone quelqu’un de l’église catholique qui alerte des associations de droit de l’homme. Il est libéré et on lui donne un délai d’une semaine pour quitter le territoire.

    Il a l’idée de contacter le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) de Tunisie. On lui dit qu’il n’existe pas. Il arrive au Maroc le 1er mars 2004. Aussitôt arrivé il va à Casablanca au HCR pour déposer une demande d’asile politique qui est rejetée. Il est hébergé par un ami ivoirien pendant une semaine à Casablanca. Il revient à Rabat où il reste sans abri pendant deux jours. Il rencontre un compatriote congolais qui va l’héberger pendant un mois. Il n’a personne en Europe pour lui envoyer de l’argent dit-il. Cette période coïncide avec l’arrivée d’amis, qui étaient dans la forêt près de Nador et qui étaient venus à Rabat pour se faire soigner. C’étaient deux Camerounais et un Guinéen. Il s’est retrouvé hébergé au quartier Takaddoum. Avec eux il est allé par car vers Nador et de là à pied 12 kilomètres pour arriver à la forêt.

    « Quanb j’ai quitté le Congo je n’avais aucune idée de l’immigration vers l’Europe. La plupart des Congolais des étudiants. C’est alors que je me suis rendu compte qu’il y avait des enclaves et qu’on peut arriver en Europe par cet endroit » Il va faire le déplacement entre la forêt de Ben Younech où il va rester du 5 juin 2004 au 16 septembre2005. Douze jours après sa sortie de la forêt pour revenir à Rabat il y a eu les événements de Sebta. Il doit renouveler sa demande au HCR et revenir à la forêt de Ben Youneh. C’est dans cette forêt que l’idée de constituer un Conseil des Immigrants subsahariens est né.

    S.A

    Edité le: samedi 15 avril 2006.

  • Commentaires

    1
    Samedi 29 Novembre 2008 à 14:40
    aidez ces gent la
    faut bien traiter ses gent car ils sont pauvres ....
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